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Big Four : Deloitte, EY, PwC, KPMG expliqués à un dirigeant

8 min de lecture
Bureau d'un cabinet d'audit avec des documents financiers et des écrans montrant des données comptables

Le terme "Big Four" désigne les quatre plus grands cabinets d'audit et de conseil au monde : Deloitte, EY (Ernst and Young), PwC (PricewaterhouseCoopers) et KPMG. Ensemble, ils dominent le marché mondial de l'audit légal des grandes sociétés, gèrent des milliers de missions de conseil fiscal, financier et stratégique, et emploient plus d'un million de personnes dans le monde. Pour un dirigeant, les comprendre n'est pas une question de culture générale : c'est une nécessité pratique, car votre entreprise aura tôt ou tard un rapport direct avec l'un d'eux.

À retenir

Les Big Four (Deloitte, EY, PwC, KPMG) ont chacun des revenus annuels dépassant les 30 à 60 milliards de dollars et emploient entre 265 000 et 460 000 personnes. En France, ils sont présents dans les principales villes et assurent l'audit légal de la quasi-totalité des sociétés du CAC 40. Leur modèle s'articule autour de quatre activités : audit, conseil fiscal, conseil en management, et services financiers.

Qui sont les Big Four : profil rapide de chaque cabinet

Deloitte est le plus grand des quatre en termes de revenus, dépassant 60 milliards de dollars en 2023. Fondé en 1845 par William Welch Deloitte à Londres, le cabinet a grandi par une série de fusions pour devenir une structure mondiale avec des bureaux dans plus de 150 pays. Deloitte est organisé comme un réseau de cabinets nationaux indépendants liés par un accord commun de marque et de méthode, et non comme une entité légale unifiée. En France, Deloitte est présent à Paris et dans les grandes métropoles régionales avec plusieurs milliers de professionnels.

PwC (PricewaterhouseCoopers) est le deuxième par les revenus, avec environ 53 milliards de dollars en 2023. Il est né en 1998 de la fusion entre Price Waterhouse (fondé en 1849) et Coopers and Lybrand. PwC est particulièrement fort dans l'audit des entreprises financières, les missions de due diligence et la fiscalité des entreprises internationales. En France, le cabinet s'appelle PricewaterhouseCoopers France et accompagne de nombreux grands groupes du CAC 40 et du SBF 120.

EY (Ernst and Young) génère environ 49 milliards de dollars annuels et emploie près de 400 000 professionnels. Il est né de la fusion de Ernst and Ernst et Arthur Young en 1989. EY a tenté entre 2022 et 2023 de séparer ses activités d'audit de ses activités de conseil (projet surnommé "Project Everest") pour éviter les conflits d'intérêts, mais le projet a été abandonné après des désaccords entre les cabinets membres. EY est considéré comme particulièrement fort dans les secteurs de l'énergie, de l'immobilier et des marchés financiers.

KPMG est le plus petit des quatre en revenus, avec environ 36 milliards de dollars en 2023, mais emploie tout de même plus de 265 000 professionnels dans 154 pays. Le cabinet est particulièrement réputé dans le secteur bancaire et les services financiers. En France, KPMG est l'un des principaux commissaires aux comptes des entreprises du CAC 40 et des groupes bancaires.

Leurs quatre métiers principaux

Chaque Big Four est organisé autour de quatre lignes de service, même si les nomenclatures varient légèrement d'un cabinet à l'autre.

Ligne de serviceCe que ça couvreClients typesPart des revenus (environ)
Audit et assuranceCommissariat aux comptes, audit légal, revue limitéeSA, SAS, groupes cotés30-40 %
FiscalitéTax compliance, optimisation fiscale, prix de transfertGroupes internationaux, ETI25-30 %
Conseil en managementTransformation, stratégie, RH, supply chainGrands groupes, gouvernements25-35 %
Advisory financierM&A, restructuring, due diligenceFonds PE, dirigeants, banques10-15 %

L'audit légal en France : quand êtes-vous concerné ?

En France, l'obligation de désigner un commissaire aux comptes (CAC) est définie par le code de commerce. Depuis la réforme de 2019, les seuils ont été rélevés : les sociétés commerciales qui n'appartiennent pas à un groupe sont obligées de désigner un CAC seulement si elles dépassent deux des trois seuils suivants pendant deux exercices consécutifs : 8 millions d'euros de bilan, 16 millions d'euros de chiffre d'affaires, ou 50 salariés permanents.

Pour les sociétés contrôlées (filiales d'un groupe) ou pour les sociétés cotées, les seuils et obligations sont différents et généralement plus contraignants. Les sociétés anonymes (SA) avaient historiquement l'obligation d'avoir un commissaire aux comptes quelle que soit leur taille, mais cette obligation a été assouplie pour les petites SA par la même réforme de 2019.

Même en l'absence d'obligation légale, certains actionnaires, banques ou investisseurs peuvent imposer contractuellement la désignation d'un CAC dans les statuts ou dans les pactes d'actionnaires. C'est fréquent lors d'une levée de fonds ou d'une entrée en capital d'un fonds.

Notre conseil

Ne choisissez pas votre commissaire aux comptes uniquement sur le critère de la marque. Les Big Four sont adaptés aux grandes entreprises avec des besoins d'audit complexes et internationaux. Pour une ETI ou une PME, un cabinet régional ou un membre d'un réseau intermédiaire (Grant Thornton, Mazars, BDO, RSM) peut offrir des équipes aussi qualifiées avec plus de disponibilité et des tarifs plus adaptés à votre taille.

Comment choisir entre les Big Four : les vraies différences

Les quatre cabinets se présentent souvent comme équivalents en qualité, et sur l'audit des grands comptes, c'est en grande partie vrai. Les différences perçues par les clients portent principalement sur quelques dimensions.

L'expertise sectorielle est la première dimension de différenciation. Chaque Big Four a développé des positions plus fortes dans certains secteurs. KPMG est historiquement très fort dans les services financiers et la banque. EY dans l'énergie et l'immobilier. PwC dans la finance d'entreprise et les multinationales. Deloitte dans la technologie et les médias. Commencez par identifier quel cabinet a l'expérience la plus profonde dans votre secteur.

La taille et la disponibilité de l'équipe locale est la deuxième dimension. Sur Paris, les quatre ont des équipes importantes. Sur les grandes métropoles régionales (Lyon, Bordeaux, Toulouse), la différence de taille entre les bureaux peut être significative. Un bureau local de 50 personnes ne sera pas aussi réactif qu'un bureau de 200 personnes sur un dossier complexe.

La séparation audit-conseil est une contrainte importante. En France, un commissaire aux comptes est légalement interdit de rendre des missions de conseil à la société qu'il audite. Si votre Big Four est votre auditeur légal, vous ne pouvez pas lui confier simultanément des missions de conseil fiscal ou stratégique importantes. Beaucoup d'entreprises ont donc deux Big Four : un pour l'audit, un pour le conseil.

Ce que les dirigeants sous-estiment dans la relation avec les Big Four

La relation avec votre commissaire aux comptes est souvent vécue comme une contrainte administrative. C'est une erreur de perspective. Un bon commissaire aux comptes est un regard extérieur indépendant sur vos comptes, vos processus et vos risques. Les observations qu'il formule dans ses rapports internes (points de contrôle interne, risques identifiés, écarts par rapport aux normes) sont souvent de précieuses alertes pour la direction générale.

Traiter votre CAC en partenaire plutôt qu'en contrôleur améliore significativement la qualité des échanges. Lui communiquer les enjeux stratégiques de l'année, lui signaler les opérations complexes en amont (acquisitions, restructurations, changements de méthode comptable), et lui donner accès au management intermédiaire réduisent le temps d'audit et améliorent la qualité de l'opinion. Un audit réalisé dans la défiance génère des surcoûts pour les deux parties.

Point de vigilance

La rotation légale du commissaire aux comptes est obligatoire pour certaines sociétés (notamment les entités d'intérêt public comme les sociétés cotées, les banques, les assurances). Anticipez les appels d'offres de rotation suffisamment tôt : un changement de CAC mal préparé peut mobiliser 6 à 12 mois de votre équipe comptable pour assurer la transition.

Gérez-vous efficacement votre relation avec votre auditeur ?

Points à vérifier pour optimiser votre collaboration avec votre commissaire aux comptes.

Vos questions

Quels sont les Big Four dans l'ordre ?
Par ordre de revenus (2022-2023) : 1. Deloitte (~60 milliards de dollars), 2. PwC (~53 milliards), 3. EY (~49 milliards), 4. KPMG (~36 milliards). Ensemble, ils emploient plus d'un million de personnes dans le monde et auditent la grande majorité des sociétés cotées des grands marchés financiers mondiaux.
Mon entreprise est-elle obligée d'avoir un commissaire aux comptes ?
Cela dépend de votre forme juridique, de votre taille et de vos actionnaires. Les sociétés dépassant deux des trois seuils suivants (8M€ de bilan, 16M€ de CA, 50 salariés) doivent désigner un CAC. Les sociétés cotées, les banques, les assurances et d'autres entités d'intérêt public ont des obligations plus strictes. En dessous des seuils légaux, la désignation peut être exigée par vos statuts, vos actionnaires ou vos partenaires bancaires.
Quelle est la différence entre audit légal et audit contractuel ?
L'audit légal (commissariat aux comptes) est imposé par la loi, encadré par des normes professionnelles strictes, et le commissaire aux comptes a une responsabilité légale sur son opinion. L'audit contractuel est une mission volontaire définie entre le client et le cabinet, souvent pour une due diligence, un audit interne externalisé ou une revue sectorielle. Les normes, les responsabilités et les objectifs sont différents.
Un Big Four peut-il m'aider à la fois pour l'audit et le conseil ?
Pas simultanément pour la même société. En France, le commissaire aux comptes d'une société ne peut pas lui rendre des services de conseil significatifs (règles d'indépendance et de non-cumul). En pratique, beaucoup de grandes entreprises ont deux Big Four : l'un pour l'audit légal, l'autre pour les missions de conseil fiscal, financier ou stratégique. Pour les missions de conseil pures (sans audit), n'importe quel Big Four peut intervenir.

Écrit par Julien Farge

Rédacteur, stratégie et développement commercial

Julien couvre les sujets de croissance et de développement commercial du Guide, en s'appuyant sur des cas concrets plutôt que sur la théorie.

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