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Family office : à partir de quel patrimoine un dirigeant doit-il y penser ?

8 min de lecture
Femme en tenue formelle consultant des documents à bord d'un jet privé

Le terme family office est employé de façon si large dans les cercles patrimoniaux qu'il finit par désigner à peu près n'importe quel service de gestion de fortune un peu personnalisé. Un dirigeant qui vient de céder son entreprise et qui se voit proposer un family office par sa banque privée, ou par un cabinet de gestion de patrimoine, gagnerait souvent à comprendre ce que le terme signifie réellement avant de payer pour un service qui ne correspond pas à sa situation, ou à l'inverse avant d'ignorer une solution qui pourrait vraiment lui simplifier la vie.

Un family office, dans son acception d'origine, est une structure dédiée à la gestion globale du patrimoine d'une ou de plusieurs familles fortunées. Sa spécificité par rapport à une banque privée ou à un conseiller en gestion de patrimoine classique tient à l'étendue de sa mission : il ne se limite pas à la gestion financière, il couvre aussi le juridique, le fiscal, la gouvernance familiale, la philanthropie, et parfois l'administration de la vie privée au sens le plus concret (gestion du personnel de maison, des biens immobiliers, des assurances). C'est cette approche intégrée, et non le simple fait de gérer un portefeuille financier, qui définit un family office.

A retenir

Il existe deux modèles : le single family office (SFO), dédié à une seule famille avec ses propres équipes internes, et le multi family office (MFO), qui mutualise ses services entre plusieurs familles. Un SFO dédié suppose généralement un patrimoine de plusieurs dizaines de millions d'euros pour absorber ses coûts de fonctionnement, souvent compris entre 500 000 et 2 millions d'euros par an. Un MFO est accessible à des patrimoines plus modestes, mais les seuils communément avancés varient fortement selon les sources, de quelques centaines de milliers d'euros pour les offres les plus légères à plusieurs millions pour un accompagnement complet.

Single family office ou multi family office : deux logiques très différentes

Le single family office est une structure juridique et opérationnelle créée par et pour une seule famille, avec ses propres salariés : gestionnaires financiers, juristes, fiscalistes, parfois un directeur général issu du monde de la banque privée ou de la banque d'affaires. Cette structure offre une personnalisation maximale et une confidentialité totale, puisque aucune autre famille ne partage les mêmes équipes ni les mêmes informations. Le revers est un coût fixe élevé, indépendant du niveau d'activité réelle, qui n'a de sens que si le patrimoine géré est suffisamment important pour l'amortir sans peser de façon disproportionnée sur le rendement global.

Le multi family office regroupe plusieurs familles au sein d'une même structure, ce qui permet de mutualiser les compétences et les coûts fixes. Le service reste personnalisé, avec un interlocuteur dédié à chaque famille, mais l'infrastructure (équipes juridiques, fiscales, outils de reporting) est partagée entre plusieurs clients. C'est le modèle qui rend l'approche family office accessible à des patrimoines significatifs mais qui ne justifient pas encore une structure dédiée en propre.

CritèreSingle family officeMulti family officeBanque privée / CGP classique
Patrimoine généralement nécessairePlusieurs dizaines de millions d'eurosQuelques millions d'euros selon les acteursQuelques centaines de milliers d'euros
PersonnalisationMaximale, équipes dédiéesÉlevée, équipes mutualiséesStandardisée par gammes de service
Périmètre de missionFinancier, juridique, fiscal, gouvernance, philanthropie, vie privéeFinancier, juridique, fiscal, parfois gouvernancePrincipalement financier
Coût annuel500 000 à 2 millions d'eurosHonoraires proportionnels aux actifs conseillésFrais de gestion classiques

Ce que fait réellement un family office, au-delà de la gestion financière

La gestion financière n'est qu'un des volets de la mission d'un family office, et souvent pas le plus différenciant, puisqu'une banque privée compétente sait aussi allouer un patrimoine entre classes d'actifs. Ce qui distingue véritablement un family office, c'est sa capacité à coordonner l'ensemble des dimensions patrimoniales d'une famille de dirigeants : structuration juridique des sociétés et des holdings, anticipation successorale, arbitrages fiscaux transversaux entre le patrimoine professionnel et personnel, mise en place et suivi d'une politique de gouvernance familiale lorsque plusieurs générations ou plusieurs branches d'une même famille sont impliquées dans les décisions.

Pour un dirigeant qui vient de céder son entreprise après plusieurs décennies de travail, cette dimension de gouvernance prend une importance particulière : le produit de la cession doit souvent être réparti entre plusieurs enfants, parfois investis différemment dans la poursuite de l'aventure familiale, avec des visions patrimoniales qui peuvent diverger. Un family office structure ces discussions, propose des règles de gouvernance (charte familiale, conseil de famille, modalités de prise de décision collective) qui évitent que des désaccords patrimoniaux ne dégénèrent en conflits familiaux durables. C'est un rôle que ni une banque privée ni un cabinet de gestion de patrimoine classique ne remplissent en pratique, faute de mandat et de compétence sur ce terrain.

Point de vigilance

De nombreux établissements bancaires commercialisent des offres appelées family office qui ne sont en réalité que des services de gestion privée renommés, sans les compétences juridiques, fiscales et de gouvernance familiale qui définissent un véritable family office. Avant de signer, demandez précisément qui sont les interlocuteurs mobilisés sur chaque dimension (juridique, fiscal, gouvernance), et vérifiez que ces compétences existent réellement en interne plutôt que d'être simplement sous-traitées ponctuellement à des tiers.

Pourquoi la plupart des dirigeants de PME n'en ont pas besoin

Un dirigeant de PME avec un patrimoine professionnel et personnel de quelques millions d'euros n'a, dans la grande majorité des cas, pas besoin d'un family office au sens strict du terme. Un expert-comptable compétent, un avocat fiscaliste pour les opérations ponctuelles significatives (cession, transmission, création de holding) et un conseiller en gestion de patrimoine indépendant pour l'allocation de l'épargne suffisent largement à couvrir les besoins réels, à un coût très inférieur à celui d'un accompagnement de type family office. La complexité et le coût d'une structure family office ne se justifient que lorsque le patrimoine atteint une taille et une diversité (plusieurs sociétés, plusieurs pays, plusieurs générations impliquées) qui rendent la coordination entre intervenants indépendants elle-même coûteuse et risquée en cas de manque de cohérence.

Le vrai signal qui doit alerter un dirigeant sur l'intérêt d'un accompagnement de type family office n'est pas uniquement le montant du patrimoine, mais sa complexité structurelle : plusieurs sociétés dans plusieurs pays, une fratrie ou plusieurs générations impliquées dans des décisions patrimoniales communes, des actifs variés (entreprises, immobilier, participations financières, œuvres d'art, biens de collection) dont la coordination fiscale et successorale devient difficile à assurer par des conseils dispersés qui ne communiquent pas entre eux.

  1. Évaluez la complexité réelle de votre patrimoine, pas seulement son montant Nombre d'entités juridiques, de pays concernés, de générations impliquées dans les décisions.
  2. Comparez le coût d'un accompagnement dispersé à celui d'un family office Additionnez les honoraires actuels de votre expert-comptable, votre avocat, votre CGP et votre banque privée sur une année, avant de comparer ce total au coût d'un multi-family office intégré.
  3. Vérifiez les compétences réellement internes d'une offre family office Exigez de rencontrer les interlocuteurs juridiques et fiscaux dédiés, pas uniquement le conseiller financier qui commercialise l'offre.
  4. Commencez par un multi family office plutôt qu'une structure dédiée Sauf patrimoine exceptionnel, un MFO offre un rapport qualité-coût nettement plus favorable qu'un SFO dont les coûts fixes ne sont justifiés qu'au-delà de plusieurs dizaines de millions d'euros.
  5. Anticipez la gouvernance familiale avant qu'elle ne devienne un problème Une charte familiale et des règles de décision collective, même simples, évitent bien des tensions lors d'une transmission ou d'une cession partagée entre héritiers.
Notre conseil

Ne vous laissez pas impressionner par le terme family office lui-même : posez la question concrète de ce que l'offre couvre réellement, et comparez-la point par point à ce que vous coûte déjà votre accompagnement actuel réparti entre plusieurs professionnels. Pour la majorité des dirigeants de PME, un binôme expert-comptable et avocat fiscaliste bien coordonné, complété par un CGP indépendant pour l'allocation financière, remplit l'essentiel des besoins à un coût sans commune mesure avec une structure family office.

Questions fréquentes

Un family office gère-t-il aussi la société d'exploitation du dirigeant ?
Non, un family office se concentre sur le patrimoine personnel et familial, pas sur la gestion opérationnelle de l'entreprise du dirigeant. Il peut en revanche intervenir sur les décisions patrimoniales liées à cette entreprise, comme la structuration d'une holding ou la préparation d'une cession, en coordination avec les dirigeants opérationnels de la société.
Peut-on quitter un family office facilement si le service ne convient pas ?
Les conditions varient selon les contrats, mais un multi-family office fonctionne généralement sur des mandats de gestion et de conseil résiliables avec un préavis raisonnable. Un single family office, en revanche, implique une structure juridique et des équipes salariées propres à la famille, ce qui rend une sortie ou une dissolution nettement plus lourde à mettre en œuvre.
Un family office remplace-t-il un avocat fiscaliste ou un expert-comptable ?
Pas nécessairement : un family office coordonne souvent les interventions de ces professionnels plutôt que de s'y substituer entièrement, sauf s'il dispose de ses propres juristes et fiscalistes salariés, ce qui est plus fréquent dans les single family offices de taille importante. Vérifiez systématiquement si les prestations juridiques et fiscales sont internalisées ou sous-traitées avant de juger la valeur ajoutée réelle de l'offre.
Écrit par Étienne Rouault Rédacteur, investissement et gestion de patrimoine

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