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Décret tertiaire : comment établir un plan d'action efficace ?

7 min de lecture Mis à jour le 28 février 2026
Comment établir un plan d’action efficace pour respecter le décret tertiaire ?

Le décret tertiaire (décret no 2019-771 du 23 juillet 2019, dit "décret ELAN") impose aux propriétaires et occupants de bâtiments à usage tertiaire de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation d'énergie finale de manière progressive : -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à une année de référence. Cette réglementation concerne des millions de mètres carrés de bureaux, commerces, entrepôts, établissements de santé et d'enseignement. Pour y répondre, il ne suffit pas de changer quelques ampoules : il faut un plan d'action structuré, documenté et suivi dans la plateforme officielle OPERAT.

L'essentiel

Le décret tertiaire s'applique aux bâtiments (ou ensembles de bâtiments) dont la surface totale de plancher est supérieure ou égale à 1 000 m² en usage tertiaire. Propriétaires et occupants ont des obligations complémentaires. Les données de consommation d'énergie doivent être déclarées annuellement sur la plateforme OPERAT (gérée par l'ADEME). En cas de non-conformité, des amendes et la publication de la liste des contrevenants ("name and shame") sont prévues.

Comprendre le périmètre et les acteurs concernés

La première étape est de vérifier si votre bâtiment est assujetti. Le seuil de 1 000 m² s'apprécie par bâtiment ou par ensemble de bâtiments sur une même unité foncière. Un propriétaire disposant de plusieurs petits bâtiments sur le même terrain peut être concerné si le total dépasse ce seuil. Le type d'usage importe aussi : le décret vise les activités tertiaires (bureaux, commerce, hôtellerie, santé, enseignement, logistique administrative) et non les logements ou les usages industriels stricto sensu.

La répartition des responsabilités entre propriétaire et locataire est un sujet central. Le propriétaire est responsable des travaux portant sur l'enveloppe du bâtiment (isolation, menuiseries) et les équipements techniques fixes (chauffage, ventilation). L'occupant est responsable des usages (éclairage, équipements bureautiques, climatisation de confort). Les deux parties doivent déclarer leurs consommations dans OPERAT et s'entendre sur un plan d'action partagé, ce qui implique une communication régulière que les baux commerciaux ne prévoient pas toujours explicitement.

L'année de référence et le calcul des objectifs

L'objectif de réduction n'est pas absolu mais relatif à une "année de référence" que chaque assujetti choisit parmi les années 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 ou 2019. Cette flexibilité permet de choisir une année représentative de l'activité normale, évitant de pénaliser les bâtiments qui avaient déjà réalisé des efforts. Si aucune de ces années n'est représentative (bâtiment récent, changement d'usage), des solutions existent pour établir une valeur de référence conventionnelle.

La consommation de référence se mesure en kWh d'énergie finale par m² et par an, tous vecteurs énergétiques confondus (électricité, gaz, fioul, district). Elle est ensuite modulée par des coefficients de modulation selon le type d'usage (les locaux industriels froids tolèrent moins d'optimisation que les bureaux climatisés) et selon les conditions climatiques (année chaude ou froide par rapport à une normale). La plateforme OPERAT intègre ces modulations automatiquement une fois les données déclarées.

ÉchéanceObjectif de réductionPar rapport àSanction en cas d'écart
2030-40 %Année de référenceAmende + name and shame
2040-50 %Année de référenceAmende + name and shame
2050-60 %Année de référenceAmende + name and shame

Les étapes pour bâtir un plan d'action efficace

  1. Audit énergétique préalable : avant toute action, un audit permet d'identifier les postes de consommation les plus importants (chauffage, éclairage, climatisation, usages électriques spécifiques) et les gisements d'économies les plus accessibles. Certains audits sont obligatoires pour les grandes entreprises (> 250 salariés ou 50 M€ de CA) ; pour les autres, ils sont fortement recommandés avant tout investissement.
  2. Identification des actions par poste : structurer le plan par catégorie d'action : enveloppe du bâtiment (isolation toiture, menuiseries, vitrages), systèmes techniques (chaudière, PAC, ventilation, GTB), comportements des occupants (extinction des équipements, régulation du chauffage), et si pertinent, production d'énergie renouvelable (panneaux photovoltaïques).
  3. Priorisation selon le rapport coût/impact : certaines actions (extinction automatique des luminaires, régulation des plages de chauffe) sont peu coûteuses et rapidement opérationnelles. D'autres (isolation des toitures, remplacement de la chaudière) sont plus onéreuses mais à fort impact. Priorisez les "quick wins" qui permettent d'afficher des résultats rapides, tout en planifiant les investissements lourds sur 5 à 10 ans.
  4. Élaboration d'un calendrier de mise en oeuvre : associez à chaque action une date de début, une date de fin, un responsable, un budget et un indicateur de résultat attendu. Ce niveau de détail est nécessaire pour piloter l'avancement et le justifier dans OPERAT si une trajectoire décalée est déclarée.
  5. Déclaration dans OPERAT et suivi annuel : la plateforme OPERAT (accessible sur operat.ademe.fr) permet de déclarer les consommations annuelles par énergie, de renseigner le plan d'action et de suivre la trajectoire par rapport aux objectifs. La déclaration est obligatoire chaque année avant le 30 septembre pour les données de l'année N-1.
Point de vigilance

La "trajectoire décalée" prévue par le décret permet aux assujettis qui ne peuvent pas atteindre l'objectif absolu (pour des raisons de contraintes architecturales, patrimoniales ou économiques) de déclarer une trajectoire en valeur relative (-40 % par rapport à leur propre consommation passée). Cette option nécessite une justification documentée dans OPERAT et ne dispense pas d'efforts réels. Elle ne doit pas être utilisée comme une échappatoire si une trajectoire ambitieuse est techniquement accessible.

Les aides disponibles pour financer les travaux

Les travaux d'économies d'énergie dans les bâtiments tertiaires bénéficient de plusieurs dispositifs de soutien. Les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) permettent d'obtenir une prime des fournisseurs d'énergie (EDF, TotalEnergies, Engie) en échange de travaux éligibles. Le montant des primes CEE est variable mais peut couvrir de 10 à 30 % du coût des travaux selon le type d'action et la région.

L'ADEME propose également des aides directes pour certains projets (via ses appels à projets). BPI France et les régions soutiennent parfois les démarches d'efficacité énergétique des PME via des prêts à taux réduit ou des subventions. Enfin, la TVA à taux réduit (5,5 %) s'applique aux travaux d'amélioration de la performance énergétique dans certaines conditions. Consulter un conseiller en énergie (ADEME, CCI, syndicats professionnels) permet d'identifier les aides disponibles selon votre situation spécifique.

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Questions fréquentes sur le décret tertiaire

Que risque-t-on en cas de non-déclaration dans OPERAT ?
La non-déclaration ou le non-respect des objectifs expose à une mise en demeure de l'administration, puis à une amende pouvant aller jusqu'à 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale. Le décret prévoit également la publication des noms des contrevenants (procédure dite de "name and shame"), qui peut affecter l'image de l'entreprise auprès de ses clients et partenaires.
Un locataire peut-il être contraint par son propriétaire à réaliser des travaux ?
Le décret prévoit que propriétaire et occupant se coordonnent, mais il n'existe pas de mécanisme légal direct permettant au propriétaire de contraindre le locataire à agir sur ses usages, ou vice versa. En pratique, cela passe par des clauses spécifiques dans le bail commercial (clause verte) et par une communication régulière. En cas de désaccord, un médiateur spécialisé peut être sollicité.
Le décret tertiaire s'applique-t-il aux bâtiments classés ou en zone protégée ?
Oui, mais des modulations existent pour tenir compte des contraintes architecturales des bâtiments classés ou inscrits aux monuments historiques. Des dérogations peuvent être accordées par l'administration lorsque les travaux nécessaires sont techniquement impossibles ou incompatibles avec les règles de protection du patrimoine. Ces cas doivent être documentés et justifiés dans OPERAT.

Le décret tertiaire est une contrainte réglementaire, mais c'est aussi une opportunité de réduire durablement la facture énergétique des bâtiments et d'améliorer leur valeur patrimoniale. Les entreprises qui engagent leur démarche de manière anticipée disposent d'un avantage : elles accèdent aux aides disponibles, évitent la précipitation coûteuse à l'approche des échéances et renforcent leur image auprès des parties prenantes sensibles à la RSE. Pour d'autres ressources sur la gestion et la réglementation des entreprises, consultez la rubrique Entreprise.

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