Les 10 personnes les plus riches du monde : fortune, modèles et leçons
Le classement des personnes les plus riches au monde fascine, mais souvent pour les mauvaises raisons. La fortune personnelle d'Elon Musk ou de Bernard Arnault est moins intéressante comme objet de curiosité que comme révélateur des mécanismes économiques qui permettent une accumulation de richesse à cette échelle. Pour un dirigeant, lire ce classement à travers le prisme de la création de valeur, du choix des secteurs et de la structure du capital est bien plus instructif que la liste brute des zéros. C'est ce que nous proposons ici.
Les 10 personnes les plus riches du monde cumulent en 2023-2024 entre 100 et 240 milliards de dollars de fortune chacune. Huit d'entre elles ont bâti leur richesse principalement sur la technologie ou le luxe. Six sont fondateurs de leur entreprise. La France compte un représentant permanent dans ce top 10 : Bernard Arnault, dont la fortune est liée à la performance des actions LVMH. Ces fortunes sont volatiles : leur classement change significativement d'une année à l'autre selon les marchés boursiers.
Le classement des 10 plus grandes fortunes mondiales en 2023
Les données ci-dessous sont issues du Bloomberg Billionaires Index et du Forbes Real-Time Billionaires, qui suivent les fortunes en temps réel en fonction des cours boursiers. Les chiffres 2023 sont arrêtés en fin d'année et peuvent varier significativement selon la période de référence.
| Rang | Personne | Fortune (Mds $, 2023) | Source principale | Pays |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Elon Musk | ~230 | Tesla, SpaceX, X (ex-Twitter) | États-Unis |
| 2 | Jeff Bezos | ~170-190 | Amazon, Blue Origin | États-Unis |
| 3 | Bernard Arnault | ~165-180 | LVMH (Louis Vuitton, Dior, Moët...) | France |
| 4 | Larry Ellison | ~140-150 | Oracle | États-Unis |
| 5 | Bill Gates | ~115-130 | Microsoft (actions + philanthropie) | États-Unis |
| 6 | Mark Zuckerberg | ~115-125 | Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) | États-Unis |
| 7 | Warren Buffett | ~110-120 | Berkshire Hathaway | États-Unis |
| 8 | Larry Page | ~110-115 | Alphabet (Google) | États-Unis |
| 9 | Steve Ballmer | ~100-110 | Microsoft (actions) | États-Unis |
| 10 | Sergey Brin | ~95-105 | Alphabet (Google) | États-Unis |
Note importante : ces chiffres fluctuent constamment. En 2023, Bernard Arnault a brièvement occupé la première place mondiale avant de redescendre, au gré des performances du titre LVMH. La fortune d'Elon Musk a connu des variations extraordinaires : elle a atteint plus de 300 milliards de dollars en 2021, est tombée à moins de 140 milliards en 2022 (chute de Tesla et rachat de Twitter à 44 Mds$), puis est remontée en 2023 avec le rebond de l'action Tesla.
Trois modèles de construction de fortune à cette échelle
Au-delà de la liste, ce qui est instructif est d'identifier les mécanismes récurrents qui permettent une accumulation à 100 milliards et plus. On distingue trois modèles principaux.
Le premier est le modèle du fondateur-actionnaire de plateforme. Musk, Bezos, Zuckerberg, Page et Brin ont fondé des entreprises qui sont devenues des plateformes à rendements croissants : plus elles ont d'utilisateurs, plus elles valent. La richesse de leurs fondateurs est principalement constituée d'actions de leur propre société. Elle est donc très concentrée, très volatile et très étroitement liée à la valorisation boursière de l'entreprise. Bill Gates est dans une variante de ce modèle : il a cédé l'essentiel de ses actions Microsoft depuis 2000 pour les verser dans la Fondation Gates, mais sa fortune résiduelle et ses investissements ont continué de croître.
Le deuxième est le modèle de l'empire familial du luxe ou de la grande consommation. Bernard Arnault illustre parfaitement ce modèle. Sa fortune est adossée au groupe LVMH, qu'il contrôle via une structure de holding familiale (le groupe Arnault détient environ 48 % des droits de vote dans LVMH). Ce type de fortune est moins volatil que les fortunes tech, car les marques de luxe bénéficient d'une résilience économique et d'une pricing power que les plateformes n'ont pas. Les familles Hermès (Guerrand-Hermès), Bettencourt (L'Oréal) et Dassault entrent dans des variantes de ce modèle en France.
Le troisième est le modèle de l'investisseur-capitalisateur. Warren Buffett est l'exemple paradigmatique : il n'a pas fondé une technologie révolutionnaire. Il a composé pendant 70 ans une performance d'investissement légèrement supérieure à la moyenne du marché, dans un véhicule (Berkshire Hathaway) qui lui a permis d'employer les gains pour de nouveaux investissements sans fuite fiscale sur les dividendes. L'effet de composition à long terme sur un capital initial significatif, associé à des décisions d'allocation du capital supérieures à la moyenne, est le mécanisme central. Larry Ellison et Steve Ballmer, bien que fondateur et manager de Microsoft respectivement, appartiennent plus à cette catégorie par leur trajectoire de fortune : ils ont conservé leurs actions sans les vendre massivement.
Bernard Arnault : la singularité française dans le top 10
La présence permanente de Bernard Arnault dans le top 3 mondial depuis 2019 est un fait économique remarquable pour la France. À 75 ans en 2024, il a construit LVMH en achetant des marques établies (Louis Vuitton en 1987, Dior, Celine, Givenchy, Bulgari, Tiffany pour 15,8 milliards de dollars en 2021, et des dizaines d'autres) et en les transformant en moteurs de croissance au sein d'un groupe qui génère plus de 86 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.
La stratégie d'Arnault repose sur trois piliers identifiables : le maintien des marques en exclusivité absolue (jamais de discount, jamais d'industrialisation low-cost), le déploiement international agressif sur les marchés émergents (Asie, Moyen-Orient) sans diluer le positionnement, et l'organisation en "maisons" autonomes qui préservent l'identité créative de chaque marque au sein du groupe. Ce modèle s'est révélé plus résilient pendant les crises qu'on ne le pensait : la pandémie a certes impacté le tourisme et donc les ventes duty-free, mais la reprise des dépenses de luxe en 2021 et 2022 a été extraordinairement rapide.
La leçon principale des fortunes au-delà de 10 milliards de dollars n'est pas l'intelligence exceptionnelle ou le travail acharné, même si ces qualités comptent. C'est la combinaison d'une participation significative dans une entreprise à croissance exponentielle et la résistance à la tentation de vendre. Jeff Bezos possédait 42 % d'Amazon à son IPO en 1997 ; il en possède environ 9 % aujourd'hui après des ventes progressives. Cette dilution représente pourtant une fortune considérable parce que la valeur de l'action a été multipliée par plusieurs milliers. La leçon : la décision de ne pas vendre, aussi inconfortable soit-elle pendant les crises, est souvent la plus créatrice de valeur à long terme.
La fortune en actions : une réalité économique plus complexe qu'il n'y paraît
Un point souvent mal compris par le grand public : les 230 milliards de dollars d'Elon Musk ne sont pas 230 milliards de dollars en cash. C'est la valeur de marché de ses participations dans Tesla, SpaceX et X. Cette fortune est illiquide dans sa grande majorité : vendre des blocs d'actions Tesla pour convertir en cash déprime le cours de l'action et nécessite des aménagements réglementaires précis (fenêtres de vente autorisées pour les dirigeants, plans de cession préétablis).
Les grandes fortunes boursières peuvent se volatiliser rapidement. En 2022, Elon Musk a perdu sur le papier plus de 100 milliards de dollars (effondrement de Tesla et rachat de Twitter). Mark Zuckerberg a vu sa fortune divisée par deux entre 2021 et 2022 avec la chute du titre Meta. Ces fluctuations n'ont pas d'impact immédiat sur le train de vie des concernés, mais illustrent la nature fondamentalement virtuelle des grandes fortunes boursières tant qu'elles ne sont pas réalisées.
Les classements de fortune réalisés par Forbes, Bloomberg ou Challenges sont des estimations, pas des certifications. Ils comptabilisent les participations connues publiquement, mais pas les actifs privés, les dettes personnelles, les engagements de philanthropie, ni les structures offshore. Ils sont utiles pour comparer les ordres de grandeur, pas pour avoir des certitudes sur la valeur exacte des patrimoines.
En tant que dirigeant-actionnaire, avez-vous réfléchi à votre propre stratégie patrimoniale ?
Questions clés à aborder avec votre conseil en gestion de patrimoine.